• Le Morvandiau


    Le Morvandiau

     

        Tout comme les sites, les habitants du Morvan méritent mieux qu'une investigation superficielle. On les dit durs et secrets, comme leur terroir. Ils sont pourtant plus "causants" qu'on ne le croit. Le Dr Bogros écrivait au siècle dernier ("À travers le Morvan") :

          Sur cette terre en dons avare, Sur ce granit déshérité, Croît une fleur qui devient rare, Elle a nom : l'Hospitalité !

            Si la nature n'a pas apporté la fortune au Morvandiau, elle lui a façonné le cœur à son image. Il a fallu à l'homme de la ténacité pour combattre la médiocrité du sol, de la patience pour domestiquer la vivacité de l'eau, beaucoup d'amour pour accepter les sortilèges d'une terre rebelle. Et aussi de la sagesse pour apprendre à se contenter de peu. Car, malgré la richesse de ses paysages, le Morvan est pauvre.

          Certes, dans les hameaux gris qui parsèment la mosaïque verte et brune du bocage, l'ardoise et la tuile ont peu à peu remplacé la paille sur le toit des maisons. L'habitat s'est amélioré. Au XIXèmesiècle, la chaumière traditionnelle se réduisait à une grande salle commune, aux murs sommairement badigeonnés, qui communiquait le plus souvent avec l'étable : tous étaient logés à la même enseigne.

         L'équilibre de la pauvreté s'est rompu au milieu du XIXème siècle, sous l'influence de la poussée démographique. Depuis lors, beaucoup de Morvandiaux abandonnent leur pays pour la capitale ou les centres industriels voisins. Avant cela, ils s'expatriaient déjà, mais seulement de façon temporaire. Les hommes allaient en Bourgogne, dans la Bresse ou le Bourbonnais, s'embaucher comme ouvriers agricoles, comme vendangeurs, comme bûcherons ou comme charbonniers. La spécialité régionale masculine était la "galvache", consistant à se louer avec sa paire de bœufs pour effectuer transports ou débardages.

            Qu'il soit garde forestier, "engornaudeur" (braconnier) ou simplement paysan, le Morvandiau connaît la vie, l'histoire, les secrets et les légendes de sa forêt. Il révélera la meilleure rivière à truites (il y en a des dizaines), le bon coin à brochets (le lac de Pannesière ou l'étang de... Poisson), les endroits où les amateurs de safaris photographiques auront le plus de chances d'apercevoir écureuils, sangliers ou chats sauvages. Il indiquera la ferme abandonnée à restaurer (le Morvan compte quelque 4000 résidences secondaires pour 9000 habitations principales), les terrains propices aux recherches géologiques et archéologiques. Et il partagera, à l'occasion, son jambon et son pain.

    Les mamelles morvandelles

         Autre spécialité, féminine celle-là : le métier de nourrice. Les mamelles morvandelles — principalement celles du canton de Montsauche — étaient si réputées dans la capitale que l'on avait surnommé l'omnibus de Paris "le train des nourrices". Précis comme un juré de comice agricole, l'historien Levainville estimait que "son allure massive, sa poitrine large, son sein arrondi, plat, large à la base" conféraient à la Morvandelle "tous les indices d'une bonne laitière". Il n'avait pas tort. C'est au sein morvandiau que tétèrent le fils de Napoléon III, des princes espagnols, le général Gouraud, Francis Poulenc, les rejetons de bien des nobles familles. L'apport d'argent frais des nourrices permettait d'agrandir les habitations, de séparer les étables des communs, d'ajouter des chambres. Aujourd'hui, on appelle encore ces fermes "maisons de lait".

        Quand la nourrice ne se déplaçait pas, c'était le nourrisson qui venait à elle. Depuis le début du XIXème siècle, l'Assistance publique de Paris place beaucoup de ses pupilles chez des parents nourriciers morvandiaux, et les "petits Paris" étaient autrefois très recherchés par les familles pauvres, à qui ils fournissaient un complément de ressources et une main-d'œoeuvre gratuite.

    Château-Chinon

        Château-Chinon, dont la devise, alliant la modestie à la fierté, tient en quatre mots : "Petite ville, grand renom". L'agglomération étage ses toits d'ardoises bleues sur le versant ensoleillé d'une colline. Culminant à 609 m, cette éminence est une des sentinelles du pays, une forteresse naturelle où, au fil des siècles, furent bâtis un oppidum gaulois, un camp romain et un château féodal. Du calvaire qui la couronne, on découvre un immense panorama, d'un côté sur la vallée de l'Yonne et les monts du haut Morvan, de l'autre sur la plaine du Nivernais jusqu'au Val de Loire (table d'orientation).

        Place forte depuis le XIIIème siècle, Château-Chinon fut démantelée au XVème par Louis XI, après sa victoire sur le duc de Bourgogne Charles le Téméraire. De l'ancienne enceinte, il ne reste que deux pavillons et deux tours rondes, si transformés qu'ils sont méconnaissables. Entre eux, on a réédifié une porte fortifiée, provenant du château démoli, dite "porte Notre-Dame". Propre, coquette, accueillante, la ville est un excellent centre d'excursions vers le haut Morvan. On y trouve un musée, une maison des Arts et Traditions populaires qui présente notamment une très belle collection de costumes anciens, et les environs offrent de nombreux buts de promenades dans la forêt morvandelle.

    Le Haut-Folin

        Au sud d'Anost, le G. R. 13 passe à proximité des pittoresques gorges de la Canche, hérissées de hautes aiguilles rocheuses pointant entre les arbres, dessert la maison forestière de la Croisette, puis pique vers l'ouest pour escalader le point culminant du Morvan, le Haut-Folin (902 m au signal du Bois-du-Roi). Un peu plus bas, à 840 m d'altitude, un chalet-restaurant accueille les randonneurs... et les automobilistes, car une route en lacet y conduit à travers bois. L'hiver, une piste skiable dotée d'un téléski offre de belles glissades aux amateurs, mais hélas ! la neige ne tient guère plus de deux mois (janvier et février).

    Le Morvandiau

    Le Mont Beuvray et Bibracte

        Reprenant sa progression vers le sud, le G. R. 13 longe le mont Préneley (855 m), où l'Yonne prend sa source, pour atteindre le mont Beuvray (821 m), un des berceaux de l'unité gauloise. C'est là, sur le balcon du Morvan, vaste plateau désolé qui domine la plaine de l'Arroux, qu'était situé l'oppidum celtique de Bibracte, capitale des Eduens. Ce fut l'une des plus importantes places fortes du dernier siècle avant l'ère chrétienne. C'est sans doute pour cela que Vercingétorix choisit, en 52 av. J.-C., d'y convoquer toutes les tribus gauloises pour se faire élire chef suprême des armées en lutte contre César. Ce dernier, après avoir pris Alésia, honora d'ailleurs Bibracte de sa présence à deux reprises. Mais les Romains ne pouvaient tolérer une telle ville forte, et les Eduens durent s'installer plus sagement en plaine : Autun remplaça Bibracte.

        Les fouilles entreprises au siècle dernier ont permis de déterminer qu'il s'agissait non seulement d'un immense camp retranché, défendu par des remparts de 5 à 6 m de haut, mais aussi d'un marché, où les habitants des alentours venaient effectuer leurs transactions commerciales, et d'une cité industrielle : certains quartiers du nord-est étaient occupés par des ateliers de forgerons, de fondeurs et d'émailleurs.

        Il est encore possible de suivre le tracé des remparts, mais on ne voit plus rien des rues et des maisons, du temple consacré à la déesse Bibracte ni de l'établissement de bains, recouverts de terre au fur et à mesure de leur mise au jour : les Gaulois ignorant l'usage du mortier, leurs murailles de pierres sèches étaient très fragiles et n'auraient pas résisté aux intempéries. Du moins en a-t-on relevé les plans, qui, avec le produit des fouilles (monnaies, poteries noires décorées, chenets d'argile à tête de bélier, objets de bronze, notamment des pièces de harnachement ornées de petites calottes d'émail rouge, objets de parure, etc.), ont enrichi les musées d'Autun et de Saint-Germain-en-Laye.

        Avec un peu de chance, en grattant le sol sous les hautes futaies de châtaigniers, de chênes et de hêtres multiséculaires qui cernent le site, on peut trouver des morceaux de poteries et autres vestiges gallo-romains. On peut, plus simplement, se contenter des souvenirs historiques qu'évoque ce belvédère et du panorama qu'on y découvre : la vue s'étend jusqu'à Autun, jusqu'au signal d'Uchon, jusqu'à Mont-Saint-Vincent. Par temps clair, on distingue le Jura et même le mont Blanc. Au pied de la montagne, le village de Saint-Léger-sous-Beuvray aligne ses maisons basses autour d'une place triangulaire.

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